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"Défendre ce en quoi nous croyons : la ruralité"

Les présidents de deux nouvelles associations de maires ruraux dans la Vienne et l'Oise ont accepté de se livrer à l'exercice de l'"interview croisée". Au menu de cet entretien entre Fabrice Dalongeville, maire d'Auger-Saint-Vincent (60) et Bruno Belin, maire de Monts-sur-Guesne (86) : les obligations des maires, le désengagement de l'Etat, la réforme des collectivités...



"Défendre ce en quoi nous croyons : la ruralité"
Fabrice Dalongeville : Votre décision de créer une association des maires ruraux du département traduit-elle un formidable ras-le-bol de la situation dans laquelle les élus exercent leurs missions aujourd’hui ?
Bruno Belin : Je n’irai pas jusqu’à utiliser le terme de « formidable ras-le-bol » ! L’association a été créée suite au constat de la difficulté d’exercer notre mission d’élu local dans les communes rurales. Le quotidien d’un maire de campagne, c’est faire face à de plus en plus d’obligations et de responsabilités avec de moins en moins de moyens. Nous devons souvent régler les problèmes avec les moyens du bord.

Bruno Belin :
Votre engagement au sein de l’AMR est-il lié à une inquiétude grandissante face à la diminution des finances locales ?
Fabrice Dalongeville : En partie oui. Je partage votre inquiétude concernant l’évolution de la situation financière des communes rurales. Non seulement nous pouvons nous interroger sur l’aide directe de l’Etat au travers de ses dotations mais en plus son désengagement local aura des effets inflationnistes sur les prestations jusque là assurées par la DDE et la DDA et qui le sont – ou le seront – par des prestataires privés. Cette inquiétude est réelle car la situation de l’assainissement dans de nombreuses communes rurales n’est toujours pas réglée. Il faut ajouter un autre élément : l’école. Les annonces gouvernementales sur l’accueil des trois ans m’inquiètent. Les expérimentations autour des jardins d’éveil portent en germe un nouveau transfert de charges vers les collectivités locales. La liste de mes inquiétudes est longue. Je me contenterai d’évoquer un autre sujet : la voirie et son volet sécurité routière.


Fabrice Dalongeville : Quels seront vos champs d’intervention au cours des prochains mois ?
Bruno Belin : Dans les prochains mois, nous allons d’abord nous structurer et communiquer autour de l’association. Nous allons aussi informer les élus locaux du département sur les points d’actualité qui vont concerner les communes rurales dans les mois à venir. Nous allons défendre ce en quoi nous croyons, à savoir la ruralité. Par exemple, nous nous mobiliserons sur la fermeture des bureaux de Poste et des brigades de gendarmerie ou encore sur la démographie médicale.

Bruno Belin : Quelle est votre position face à l’intercommunalité ? Pensez-vous qu’elle protège nos communes rurales ?
Fabrice Dalongeville : Pour éviter tout malentendu, je tiens à vous dire que je suis un « communautaire ». La construction d’une maison commune a permis d’améliorer le quotidien de nos concitoyens dans différents domaines. Mais cette construction ne doit pas se limiter au ramassage des ordures ménagères ou à l’organisation du gravillonnage des routes. L’intercommunalité doit permettre aussi de faciliter une réflexion de territoire. Sur ce point, le déficit est réel, sans doute aussi lié à une certaine déconnexion démocratique. Ce faisant, on en arrive au mode d’élection. Pour ma part, je ne suis pas favorable à une élection directe. Cependant, il est nécessaire que les habitants puissent choisir la politique communautaire qui sera mise en place. Le mode de scrutin doit tenir compte de cette double réalité. Quant à savoir si l’intercommunalité protègerait nos communes rurales, je cherche plutôt à savoir si elle apporte un plus aux citoyens. Dans tous les cas, je ne crois pas les Cassandres qui annoncent la disparition de la commune au profit d’une intercommunalité multifonctions. Si c’était le cas, je m’y opposerai fermement.

Fabrice Dalongeville : Quels types de difficultés anticipez-vous ?
Bruno Belin : Elles sont nombreuses et quotidiennes. D’abord, comme tous, les difficultés financières : comment continuer à porter des projets d’envergure avec un budget qui diminue ? Ensuite, conserver nos services publics, car ils sont essentiels au maintien de nos habitants. Enfin, entretenir la solidarité dans nos communes. La solidarité entre les générations notamment est le garant du lien social de nos villages.

Bruno Belin : Après le rapport Attali qui a remis au goût du jour l’idée de supprimer un échelon du « mille-feuilles administratif », êtes-vous pour le maintien ou la suppression du Département ?
Fabrice Dalongeville : Le Département est un échelon important puisqu’il est devenu « le » partenaire privilégié de la commune, une nouvelle fois à la place de l’Etat. Si la Région est moins présente dans la vie quotidienne communale, elle occupe une place tout de même importante au titre de son implication dans les Pays. Dans son rapport, Attali propose de supprimer deux échelons, les départements et les communes. Je ne suis pas d’accord. Le transfert de compétences de la part de l’Etat contraint les collectivités locales à renforcer leurs domaines d’intervention. Pour ma part, je pense que la vraie réforme se situe dans la création d’un véritable statut de l’élu, de veiller à permettre à n’importe quel citoyen de pouvoir s’investir dans la vie publique, de réfléchir au cumul et au nombre de mandats par exemple. Bref, de revisiter la « professionnalisation de la vie politique, y compris locale. » Enfin, dans la réflexion sur le millefeuille administratif, j’aurai aimé que soit intégré également le Parlement, notamment le Sénat. Alors que l’Europe est devenue très importante dans notre vie à tous, le Sénat doit-il continuer d’être avant tout le porte-voix des collectivités territoriales ? N’est-il pas devenu temps de lui donner une nouvelle mission européenne ?


Fabrice Dalongeville : Si vous aviez une revendication à exprimer au gouvernement, quelle serait-elle ?
Bruno Belin : De prendre soin des communes rurales et de leurs maires. La fonction de maire est un véritable sacerdoce. Nous sommes sur le pont tous les jours, à toute heure du jour et de la nuit. Nous n’exerçons pas notre mandat pour « la gloire » mais bien parce que nous aimons nous investir et faire bouger la vie locale. Alors attention à ne pas dégoûter les maires ruraux de part les trop nombreuses obligations attenantes à leur fonction. L’Etat en a besoin. Ce sont aussi les jardiniers de l’espace. Leur investissement est la première pierre de l’aménagement du territoire.

Mercredi 1 Juillet 2009